13 majeur


“You’re not superstitious ?” demandait l’un des pontes de l’USTA (United States Tennis Association) en remettant le trophée à Roger Federer. Non, il ne l’est pas et il vient de remporter son treizième titre du Grand Chelem, le cinquième de suite à New York (il est le premier à réaliser cela dans l’ère open) en offrant un véritable récital au public ébahi du central Arthur Ashe. Dommage pour le spectacle, Andy Murray n’était, lui, pas au rendez-vous. Totalement étouffé par les coups fulgurants du n°2 mondial dès le début, l’Ecossais n’a jamais pu hisser son niveau de jeu suffisamment pour pouvoir espérer quoi que ce soit de ce match. C’était sa première finale dans un tournoi majeur, il était déjà bien entamé physiquement par ses combats précédents et le Maître ne lui a laissé aucune chance. Mais on ne se fait pas de souci pour lui, il s’en remettra et aura d’autres occasions de gagner des matches comme celui-ci.

Toujours est-il que Federer a cloué le bec de tous ses détracteurs pendant cette quinzaine new-yorkaise. A voir sa joie au moment du dénouement, cela a été un énorme soulagement pour lui et on le comprend. Le Suisse n’est plus maintenant qu’à une unité du légendaire record de Pete Sampras. L’année 2009 sera passionnante avec cette course au record et la bataille annoncée entre Federer, Nadal, Djokovic plus quelques jeunes loups aux dents (très) longues comme Andy Murray et Juan Martin Del Potro. D’ailleurs Federer l’a dit lui-même, “Je ne veux pas m’arrêter à ce chiffre 13, ce serait terrible.”

Le coeur de Jelena n’a pas suffi

“J’ai tout donné”, affirmait Jankovic à la fin de la partie. Elle a effectivement tout tenté, la pauvre Jelena Jankovic, dans un match qui s’est joué à un niveau rarement atteint sur le circuit féminin, mais elle n’a rien pu faire contre Serena Williams et ses énormes muscles qui feraient pâlir d’envie Rafael Nadal lui-même.
C’était physiologiquement impossible pour la jolie Serbe de régater face à la puissance de la plus jeune des deux soeurs Williams, un peu comme une femme qui affronterait un homme. A part quelques kilos de muscles, il a peut-être manqué à Jankovic un peu plus de nerf sur les points importants, notamment dans la seconde manche où elle a obtenu trois balles de set à 5-3 et une à 5-4 avant de s’incliner 7-5. Mais, à 23 ans, elle a encore tout le temps d’apprendre à mieux gérer ces moments. C’était tout de même sa première finale dans un tournoi majeur. Et quand on sait que Serena Williams vient d’empocher son neuvième titre du Grand Chelem…

Mais c’était en tout cas une sacrée finale ! Une suberbe empoignade longue de plus de deux heures parsemée d’échanges spectaculaires et de retournements de situation (sept breaks au total). Serena Williams récupère donc la place de numéro un mondiale à l’issue de cette finale de toute beauté. Arrivera-t-elle enfin à être régulière et à dominer le circuit féminin ? L’armada des filles de l’Est ne l’entend pas de cette oreille.
UNBELIEVABLE !

Andy Murray vient de réaliser un énorme exploit, assurément le plus grand de sa jeune carrière: il a sorti le n°1 mondial Rafael Nadal pour accéder à sa première finale de Grand Chelem. C’est donc au terme du deuxième jour de leur combat que les deux hommes sont parvenus à se départager (6-2 7-6 2-3 en faveur de Murray au moment du retour des joueurs sur le court).

Après un troisième set assez aisément remporté par Nadal, qui avait fait le break le jour précédent, pour ramener le score à deux sets à un, le véritable match débute. Et quel match ! Le deuxième jeu du quatrième set, long d’un quart d’heure, voit Murray dominer puis trembler pour finir par galvauder pas moins de 7 balles de break (l’Ecossais finira le match à 4 balles de break converties sur 20 obtenues) ! L’Espagnol le breake dans la foulée sur un jeu blanc et on se dit que le pauvre Murray doit être bien assommé. Mais il n’en est rien. Le natif de Dunblane parvient à recoller à 3-3 en allant chercher des ressources mentales insoupçonnées.

Depuis ce moment, on se rend coup pour coup sur le central Arthur Ashe. La bataille est superbe. On sent que Murray est tennistiquement supérieur avec son jeu tout en variations, ses retours de feu et son revers capable de faire la différence dans la diagonale contre le coup droit de Nadal (!), mais le roc de Manacor, même s’il commence à se fissurer quelque peu, s’accroche à ses formidables ressources physiques et mentales pour retarder l’inéluctable.

Et l’inéluctable arrive dans le dixième jeu. Murray obtient une balle de match au terme d’un échange à couper le souffle, faisant visiter tout Manhattan à son adversaire au bord de la rupture. Après une série de frappes énormes, dont chacune aurait eu le poids d’un coup gagnant contre tout autre joueur que ce diable de Nadal, le Britannique peut enfin conclure d’une volée facile. Le public, bien que majoritairement acquis à la cause de Nadal (allez savoir pourquoi), chavire. Un point plus tard, c’est la délivrance pour l’héritier de Tim Henman. L’élève vient de dépasser le maître: il la tient sa finale de Grand Chelem. Et Federer n’a qu’à bien se tenir. Ce jeune homme de 21 ans ne s’en laissera pas conter.

King Roger is back before the storm



Roger Federer est définitivement de retour aux affaires et il l’a fait savoir haut et fort en se qualifiant pour sa cinquième finale de rang à Flushing Meadows aux dépens de Novak Djokovic. Très incisif d’entrée, prenant le filet d’assaut à de nombreuses reprises et servant remarquablement (20 aces), le Suisse a prouvé à son adversaire qu’il méritait encore sa place de n°2 mondial en le battant en quatre manches (6-3 5-7 7-5 6-2). Federer a montré d’emblée qui était le patron sur le court en remportant une première manche rondement menée en 25 minutes. Les deux sets suivants sont bien plus accrochés et le Serbe enlève le deuxième à la suite d’un mauvais jeu de service de son adversaire. Le niveau de jeu atteint des sommets dans la troisième manche, remportée par Federer au forceps après une superbe bataille. Dans la quatrième manche, tout est plus facile pour le Bâlois qui profite d’une baisse de régime manifeste de Djokovic, se ressentant certainement des efforts consentis aux tours précédents, pour l’assommer définitivement et s’adjuger une 34e victoire d’affilée à l’US Open.


Tout s’annonce sous les meilleurs auspices pour Federer, qui a réussi à terminer son match avant l’arrivée de l’ouragan Hanna sur New York. En effet, l’autre demi-finale opposant Andy Murray à Rafael Nadal n’a pas pu aller à son terme. Les deux hommes ont été stoppés par la pluie alors que l’Ecossais menait 6-2 7-6 2-3 en jouant un tennis exceptionnel (44 (!) coups gagnants). Ce match reprendra demain et la finale devrait se jouer lundi. Federer s’octroie donc un jour de récupération supplémentaire.
Mais quoi qu’il arrive lundi soir en finale, Roger Federer aura prouvé à tous ses détracteurs qu’il a encore des beaux jours devant lui et que son tennis exceptionnel est toujours au rendez-vous. Il lui reste maintenant à prouver qu’il peut effacer ses échecs en finale des grands tournois cette année et ajouter un “Major” à sa collection. La tâche sera loin d’être facile, mais il en est tout à fait capable. Et puis ce serait tellement beau.
A qui le tour ?

Depuis le départ à la retraite de Justine Henin, les clés du tennis féminin n’appartiennent plus à personne. Preuve en est que depuis la défaite de la n°1 mondiale en exercice, la Serbe Ana Ivanovic, pas moins de cinq joueuses pouvaient prétendre au trône d’ici à la fin du tournoi: Jelena Jankovic, Serena Williams, Svetlana Kuznetsova, Elena Dementieva et Dinara Safina. Ce soir, seule Kuznetsova manquait à l’appel des demi-finales à Flushing Meadows.
En ouverture, Jelena Jankovic est sortie gagnante de la demi-finale de charme contre Elena Dementieva, récente championne olympique, au terme d’une sévère empoignade (6-4 6-4). La Serbe jouera samedi en night session sa première finale de Grand Chelem contre Serena Williams qui s’est facilement défaite de Dinara Safina (6-3 6-2).
La gagnante de l’US Open fera donc coup double en s’emparant du même coup de la première place du classement WTA, ce qui donne à cette finale une saveur toute particulière. D’autant que les 23’000 spectateurs du court Arthur Ashe commenceront la journée avec les demi-finales masculines Federer-Djokovic et Nadal-Murray qui s’annoncent explosives. Qui a dit que le tennis était moins intéressant sans un joueur ou une joueuse qui domine ?
Que ce fut dur !




Roger Federer peut hurler sa joie. Il vient de battre le Russe Igor Andreev au forceps (6-7 7-6 6-3 3-6 6-3 en 3h32). Et cela n’a pas été une mince affaire ! Roué de coups droits monstrueusement liftés d’entrée par le Nadal droitier (le tout saupoudré de services canons), Federer, breaké d’entrée, n’avait pas le temps d’entrer dans le match. Malgré un retour à 5-5, le n°2 mondial (bizarre de dire ça, hein ?), coupable de trop de fautes directes (60 sur l’ensemble du match) laissait filer le premier set au tie-break.
Le tie-break, c’est aussi l’issue du deuxième set. Federer, dominé du fond du court, a toutes les peines du monde à égaliser à une manche partout. Le Suisse prend enfin la mesure d’Andreev au cours du troisième set, évitant de subir le rythme du Russe dans l’échange en étant plus offensif. On croit alors que le Federer Express est lancé vers une victoire en quatre manches. Erreur. Au contraire c’est là que le match s’emballe pour deux derniers sets de folie. Federer fait d’ailleurs preuve d’un agacement qu’on lui a rarement connu. Mais ce n’est pas plus mal de voir des émotions sur le visage du Bâlois qui a l’air beaucoup plus humain en 2008. Il parvient néanmoins à breaker très tôt dans le cinquième set, ce qui est loin de lui apporter la sécurité prévue tant la fin de rencontre est âpre.
Comme l’a très justement relevé Frédéric Verdier à l’antenne d’Eurosport, le temps où les adversaires de Federer sortaient du vestiaire battus avant même de frapper la première balle est définitivement révolu. Les failles révélées dans la cuirasse du désormais ex-n° 1 mondial ont convaincu le circuit masculin que la victoire était possible, d’où des matches comme celui de hier soir. Et c’est tout bonus pour le spectacle et le tennis en général.
Roger Federer affrontera le “survivant” Gilles Müller en quarts de finale. Le Luxembourgeois, 130e mondial mais ex-n°1 mondial junior, sorti des qualifications, a battu successivement Tommy Haas et Nicolas Almagro (le tout en remontant deux sets de handicap) pour compléter son tableau de chasse hier soir par Nicolay Davydenko, n°5 mondial, battu en quatre sets après un dernier tie-break de folie.
Quelle déculottée !

6-1 6-3 6-3. Le score est sans appel et il représente bien la différence de niveau qui existe actuellement entre Stanislas Wawrinka et un véritable membre du top ten comme Andy Murray. Car il faut bien le dire, la place de n°10 mondial du Suisse n’est pas représentative de sa fiche de résultats. Avec des jeunes joueurs comme Juan Martin Del Potro qui sont en train de se faire leur place, les jours de Wawrinka dans le top ten sont comptés s’il n’arrive pas à passer l’écueil des huitièmes de finale en Grand Chelem.
Mais revenons au match. Pourquoi un score aussi sec ? La première raison, il faut être honnête, a été l’excellent niveau de jeu de l’Ecossais qui a pris son adversaire à la gorge en début de match, le breakant deux fois d’entrée, pour ne plus le lâcher par la suite. Mais, une fois le premier orage passé, Wawrinka a eu sa chance, comme au septième jeu du deuxième set où il mène 15-40 sur le service de son adversaire sans concrétiser. Au niveau des faiblesses, côté suisse, il y a le service (quand on sait que le Vaudois n’a remporté que 64% des points joués sur sa première balle et surtout 33% sur sa seconde balle, on comprend pourquoi Murray, très agressif en retour, l’a breaké six fois) et une fois encore un nombre de fautes directes beaucoup trop important (37 contre 15 à son adversaire), notamment sur les points importants. Ces points importants, son adversaire du jour les a tout simplement tous remportés.
Tactiquement, Wawrinka n’a pas non plus choisi les bonnes options, jouant beaucoup trop loin de sa ligne de fond dès le retour de service. On a d’ailleurs pu le voir, les rares fois où il a été agressif dans l’échange (et où il ne commettait pas la faute sur le deuxième coup de raquette), il a mis Murray en difficulté. Le Britannique, au contraire, a quasiment toujours joué le coup juste, très agressif du fond du court, venant conclure au filet au moment opportun et distillant ses amorties diaboliques à bon escient. On remarquera que les courses vers l’avant de Wawrinka mériteraient un peu plus de légèreté. Mais arrêtons de tirer sur l’ambulance…
Voilà donc qui explique la dureté du score et qui montre tous les progrès que Stanislas Wawrinka doit encore accomplir s’il veut rivaliser avec les meilleurs et enfin se qualifier pour un quart de finale de Grand Chelem. Un quart de finale où Andy Murray affrontera l’Argentin Juan Martin Del Potro dans un match qui sent la poudre.
Un match au scénario… improbable

Stanislas Wawrinka revient de nulle part. Il a dû remonter deux sets de handicap pour l’emporter 5-7 6-7 6-4 6-0 6-4 en 4h15 dans un match qu’il aurait gagné en trois sets secs s’il avait joué à son niveau réel. Son adversaire ? Flavio Cipolla. Vous ne le connaissez pas ? C’est normal, il est 142e au classement ATP et il ne vaut vraiment pas mieux que ce rang. Il a d’ailleurs contribué à faire de cette rencontre une des plus mauvaises qu’une chaîne de télévision ait jamais eu la malchance de transmettre en direct.
Car, il faut bien le dire, ce n’est pas à son talent que le Transalpin doit d’avoir mené deux sets à rien, mais bien à la prestation minable du joueur suisse. Le seul mérite que l’on peut reconnaître à Cipolla est d’avoir joué crânement sa chance et d’avoir produit un jeu qui a complètement fait déjouer Wawrinka. Car ce type de jeu ne peut servir qu’à cela. Voyez plutôt: un gabarit d’alumette (172 cm / 74 kg), un service que Martina Hingis ne renierait pas (170 km/h à pleine puissance), un coup droit bombé effroyablement lent (mais qui a beaucoup gêné Stan, surtout sur son revers) et un revers qu’il joue uniquement en slice. Ce n’est pas ce qu’on pourrait appeler une machine de guerre.
Wawrinka est cependant tombé droit dans le piège que lui tendait son adversaire. Il suffit de jeter un oeil à sa fiche de statistiques pour comprendre pourquoi ce match facile en apparence est devenu un obstacle quasiment insurmontable. Le n°10 mondial a en effet commis la bagatelle de… 88 fautes directes (contre 47 à son adversaire, ce qui est déjà beaucoup vu son style de jeu dénué de risques) ! On peut tout de même reconnaître un mérite à Stan, ne pas avoir perdu ses nerfs malgré le fait qu’il était de toute évidence dans un incroyablement mauvais jour et malgré l’attitude détestable de Cipolla, victime d’une douleur plus que douteuse à la jambe droite et qui boitillait quand cela l’arrangeait, mais courait comme un lapin sur les points importants. L’Italien a d’ailleurs refusé de serrer la main de son adversaire à la fin du match (Wawrinka, agacé, avait mimé son boitillement au cours du troisième set). Tiens, une autre statistique révélatrice de la bizarrerie de cet affrontement: 18 breaks ont été réalisés au cours des 5 manches.
Stanislas Wawrinka (et nous aussi par la même occasion) pourra effacer au plus vite ce non-match de sa mémoire. Le principal est acquis, à savoir une qualification pour les huitièmes de finale, même si on n’est toujours pas sûr d’avoir compris comment le natif de Saint-Barthélémy a fait pour s’en sortir. Il faudra montrer un tout autre visage pour espérer battre un adversaire d’un calibre bien plus conséquent, l’Ecossais Andy Murray (ATP 6), vainqueur de l’Autrichien Jürgen Melzer en 5 manches.