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Un récital

Espagne – Russie 3-0 (0-0)
L’Espagne. Elle est de retour. Elle a vaincu la double malédiction des quarts de finale et des Italiens. L’Espagne est libérée. L’Espagne a atomisé la Russie. C’est une incroyable armada offensive qui a déferlé sur l’équipe russe depuis la blessure de David Villa. C’est d’ailleurs le tournant du match. Le stratège Cesc Fabregas entre alors en scène. Il sert magnifiquement David Güiza (entré pour un Fernando Torres décevant) sur la deuxième réussite (73e) et il reçoit une passe magistrale d’Andres Iniesta (qui s’est déjà fait l’auteur d’un assist sur le premier but signé Xavi à la 50e minute) avant d’offrir le coup de grâce à David Silva (82e).
Mais la Russie, où était-elle ? A part quelques escarmouches de Roman Pavlyuchenko en début de partie, rien. Le néant. A commencer par Andreï Arshavin,complètement amorphe et parfaitement muselé par la défense espagnole, notamment l’excellent Sergio Ramos. Et quand la machine Arshavin est grippée, c’est toute la Sbornaja qui tousse. Les hommes de Guus Hiddink étaient à des années-lumière de ce qu’ils ont montré contre les Pays-Bas en quarts de finale. Et contre cette Espagne-là, cela ne pardonne pas.
L’Allemagne n’a qu’à bien se tenir. Si elle entend jouer un rôle dimanche, la Mannschaft devra montrer un autre visage que celui, absolument misérable, qu’elle a proposé contre la Turquie. Car la Furia Roja a plus que 12 joueurs valides et ne se fera pas prier pour exploiter les largesses défensives allemandes et la vitesse de réaction digne d’un troupeau d’escargot du pré-retraité Jens Lehmann. Bon, n’oublions pas l’argument massue signé Gary Lineker que l’émission “le club de l’Euro” nous rabâche quinze fois par soir depuis la victoire des hommes de Joachim Löw contre le Portugal. Mais c’est bien tout ce qu’on peut leur laisser. Avantage Espagne.
Arshavin, ce héros


Pays-Bas – Russie 1-3 a.p. (0-0, 1-1)
Premier match de poule. La Russie est étrillée par une brillante équipe d’Espagne dont la prestation rappelle un peu celle des… Pays-Bas contre les Italiens et les Français. Match suivant, les hommes de Guus Hiddink battent péniblement une faible équipe de Grèce 1-0. Puis il y a ce match. Le match référence. Victoire contre la Suède 2-0 après un match époustouflant. Mais qu’est-ce qui a bien pu changer ? La réponse tient en deux mots, ou plutôt un prénom et un nom: Andreï Arshavin. La perle de la sélection russe a manqué les deux premiers matches du tournoi pour cause de suspension. Hiddink a tout de même voulu l’emmener en Suisse et en Autriche et il a eu fin nez, c’est le moins que l’on puisse dire.
En plus d’une fiche personnelle impressionnante depuis ses débuts dans cet Euro 2008 (2 buts et 2 assists en 2 matches), le lutin de Saint-Pétersbourg à l’éternel visage d’enfant a énormément apporté à son équipe au niveau psychologique. Tous les joueurs se sont ainsi sublimés depuis le retour de leur prodige. Après la Suède, les Pays-Bas, si impressionnants depuis le début du tournoi, ont pu le vérifier à leurs dépens hier soir dans le troisième quart de finale.
Les joueurs bataves ont en effet été surclassés dans tous les domaines par la formation russe. Le milieu de terrain néerlandais ne s’illustrait que par des frappes de loin, signes d’impuissance, et sur coups de pied arrêtés signés Sneijder et Van der Vaart. C’est justement sur l’un de ces coups francs, botté par Sneijder, que l’inévitable Van Nistelrooy surgit à la 86e minute pour égaliser sur l’une des seules occasions hollandaises. L’autre attaquant, Dirk Kuyt, complètement dépassé, était remplacé à la mi-temps par Robin Van Persie, qui n’arrivait pas à trouver beaucoup plus de solutions que son coéquipier. Le physique a aussi trahi les Pays-Bas, qui étaient au bout du rouleau au moment de débuter les prolongations face à des Russes très affutés. Mais la plus grande faiblesse des “Oranje” hier soir a bien été sa défense, comme le pressentaient beaucoup d’observateurs. Mathijsen (décrié dans la presse ces derniers jours), Oojier, Van Bronckhorst et Boulahrouz (puis Heitinga) ont été d’un niveau insuffisant pour endiguer les assauts russes. Contrairement aux Italiens, aux Français et aux Roumains avant eux, les Russes ont été capables de tester cette défense hollandaise. On connaît le résultat.
Mais plus encore que les carences défensives des hommes de Van Basten et leur incapacité à développer le même jeu chatoyant que lors de leurs trois premières rencontres, il faut mettre en exergue l’incroyable performance russe. Car ce sont bien eux qui ont fait craquer l’arrière-garde batave par trois fois. Tout d’abord par Pavlyuchenko sur une action d’école (56e) qui concrétisait la domination des joueurs slaves, puis en prolongations, par Torbinski, bien servi par Arshavin après un exploit personnel de ce dernier, et surtout oublié par Van Bronckhorst et Mathijsen (112e). C’est finalement Arshavin lui-même qui scelle le score, après une touche d’Anyukov qui mystifie toute la défense néerlandaise, en glissant le ballon entre les jambes de l’infortuné Van der Sar (116e).
On parlait de football total pour désigner le jeu des Néerlandais au premier tour. Les Russes ont montré qu’ils pouvaient faire mieux en matière de beau football pour battre leurs adversaires du jour à leur propre jeu. On reconnaît bien sûr ici la patte… néerlandaise de Guus Hiddink, le “traître”, qui a donné une leçon à son homologue Marco Van Basten. Et ce score de 3-1 est plutôt flatteur pour les Pays-Bas au vu de la domination outrageuse de la Russie, qui se profile maintenant comme un sérieux candidat au titre européen.
La Russie ou le football champagne


Russie-Suède 2-0 (1-0)
Le mage néerlandais Guus Hiddink peut rajouter une ligne à son palmarès. La Russie vient en effet de se qualifier pour les quarts de finale de l’Euro 2008. Hiddink n’en est pas à son coup d’essai. C’est sous les ordres de l’actuel sélectionneur russe que l’équipe de Corée du Sud avait terminé à la quatrième place du Mondial 2002 à la surprise générale (après avoir sorti l’Italie et l’Espagne dans des circonstances litigieuses) et que l’Australie avait atteint les huitièmes de finale du Mondial 2006, non sans avoir fait souffrir l’Italie, future championne du monde.
Mais revenons en 2008. La Russie est sortie des poules qualificatives pour la première fois depuis 20 ans et c’était le moment. C’est une équipe très talentueuse emmenée par le brillant Andreï Arshavin (qui faisait son retour après deux matches de suspension) qui a dégoûté une équipe de Suède défensive et sans idées ce soir. Un très bon match de football où, outre le joyau de Zénith Saint-Pétersbourg, on a pu découvrir Yuri Zhirkov, latéral gauche aux trois poumons, tantôt débordant sur le flanc gauche, tantôt ailier droit, tantôt en défense, et le centre-avant Roman Pavlyuchenko (auteur du premier but), notamment.
De la vitesse, de la percussion, de la technique, de la classe, bref, du football champagne (et cela n’a rien à voir avec Bystrov, qui est rentré tard, cela peut se comprendre [Thierry Meury]). Du football champagne un peu à l’image de celui proposé par les… Pays-Bas. Ah, au fait, ils se rencontrent en quarts de finale. Cela promet des étincelles ! C’est en tout cas à un autre niveau que le France-Italie d’hier soir, où des Azzuri sans trop de couleurs ont eu la chance d’affronter des Bleus plus très verts, c’est le moins que l’on puisse dire.
Mais soyons rassurés, notre ami Raymond nous a annoncé en primeur qu’il allait épouser Estelle Denis (qui présentait l’émission de M6 sur le thème “faut-il changer de sélectionneur ?”, bonjour l’objectivité !) ! Bon, pour les analyses d’après-match, on attendra…